Made in China

J’étais en train de me balader sur Facebook, surtout histoire de prendre des nouvelles de mes amis vivant du côté de Liège et Namur suite aux récentes intempéries. 
Et je tombe sur… ça. 

J’ai du relire plusieurs fois pour être bien sure de ce que je lisais (oui parce que si pour l’auteure du post c’était clair, ça l’était nettement moins pour moi…)

 

Donc, pour reprendre ceci dans mes mots à moi : 
La demoiselle s’est faite tatouer la reproduction qu’une personne NON PROFESSIONNELLE à faite du dessin de Tim Burton. J’insiste sur le non professionnel parce qu’elle même insiste lourdement là dessus dans toute la suite de ses réponses au post (et au déferlement des critiques qui ont suivi). 

 

Forcément, vous connaissez ma position sur le fan art et les reproductions (cf mon article à ce sujet), donc forcément, je tique sur le principe… Se faire tatouer un original est déjà pas super éthique, mais une reproduction de l’original faite par quelqu’un… Bon, soit. 

Là où rien ne va plus, c’est dans les commentaires qui ont suivi… 

 

Heuuuu…. What ? 
Ai-je bien lu ??? 

“Je ne fais pas de copier-coller du travail des autres comme certains”
“C’est une reproduction, pas l’original”

Evidemment, j’aurais bien aimé répondre à cette personne (qui prend les gens de très haut hein, parce que madame a presque 40 ans), sauf qu’elle a fermé les commentaires sur son post. Du coup, je vais prendre la parole ici. 

Madame, ce que ton frère a fait et que tu cautionnes, c'est de la contrefaçon. Tu lui attribue un droit de paternité sur une oeuvre qu'il a COPIÉ !!! Tu prétends qu'il en est l'auteur ! Et tu oses prendre les gens de haut en disant qu'ils n'ont pas de cerveau ?

J’rappelle gentiment que le fan art est passible de peine et d’amendes hein. Et que là, c’est pas juste ta responsabilité que tu engages, mais celle du tatoueur “pro” et celle de ton frère puisque tu affirmes que SA copie n’est pas l’oeuvre de Tim Burton.


Se prétendre auteur d’une oeuvre, ça se termine rarement avec une tape sur les doigts, en général, ça se termine au tribunal pénal, surtout si la personne qui est derrière l’oeuvre originale a assez d’argent pour se payer un avocat. Un peu comme Tim Burton en fait. 


Le pire étant que le tatoueur aussi va se faire taper sur les doigts puisqu’il a accepté de reproduire la copie d’une oeuvre qui n’est pas du domaine public… J’l’ai déjà dit, même en tatouage, faire du fan art reste punissable, et c’est le tatoueur qui va se faire punir, pas la personne tatouée. 

 

 

Et on ne peut vraiment pas dire qu’il s’agit d’une réinterprétation super personnelle de la part du frère… Je vous met le montage qu’une personne à fait dans la discussion, c’est de la copie pure et simple (et je ne porterai aucun jugement sur le qualitatif de la copie)

Oui mais du coup, c'est quoi une (ré)interprétation ?

Prenons l’exemple d’une des plus célèbres peinture au monde :

Mona Lisa de Leonardo Da Vinci

La copie :

La copie admet de légères différences, mais : La pose est la même, les traits sont reconnaissables, les couleurs sont totalement respectée (même si celles de la Mona Lisa d’origine sont ternies par le temps), le vêtement (et les détails de celui ci) est le même, le visage est le même dans les grandes lignes, le sourire énigmatique est respecté, le décor est le même, la technique elle même est la même (ou tente de l’être), l’artiste n’a pas tenté d’insuffler son style dans l’oeuvre, mais bien de copier le style de Da Vinci. 
La copie, c’est le principe du moine copiste, ou de la photocopieuse. Elle peut être 100% identique, ou présenter de très légères différences (dues au talent de la personne, ou à un défaut matériel, etc). Ces différences n’en feront pas une nouvelle oeuvre originale. 

L'interprétation :

Les exemples se comptent en milliers, tant l’oeuvre a inspiré de meme, je vous en donne quelques exemples ici :

On va retrouver des éléments de l’original, soit la pause, soit le visage, soit le décor, mais fondamentalement, Mona Lisa est revisitée, elle garde juste les éléments emblématiques qui font que tout le monde la reconnaîtra. Elle devient drôle, touchante, satirique, iconique, mais cela n’a plus rien à voir avec l’original. 

Evidemment, l'oeuvre de Da Vinci est dans le domaine public (l'auteur de l'oeuvre est mort depuis plus de 72 ans), ce qui explique pourquoi autant de dérivés, d'interprétations ou de copies existent. Et que celles ci ne seront pas poursuivies par les ayants-droits.
MAIS
Personne dans l'ensemble des créations présentées ici ne se prétend l'auteur de la Joconde. Les oeuvres ne sont majoritairement pas signées et il sera difficile, même par recherche inversée, d'en retrouver l'auteur.
Si quelqu'un tente de vendre une copie comme étant l'original de la Joconde, cette personne sera passible de poursuites judiciaires. Si quelqu'un dit de sa copie que c'est "son oeuvre", ce sera considéré, légalement, comme se prétendre auteur de la Joconde, car même si il est celui qui a tenu le pinceau, il ne s'agit pas d'une nouvelle création issue de son esprit. Il a, au final, fait le travail d'une photocopieuse (et la photocopieuse ne signe pas ses reproductions). Ou d'un moine copiste, si on veut prendre un exemple équivalent.

Donc madame, si tu me lis (et j’espère VRAIMENT que tu me lis), oser dire aux gens que tu ne te fais pas tatouer du “copié collé” tout en disant que ce n’est plus l’oeuvre de Tim Burton mais celle de ton frère, ce n’est pas juste grave, c’est admettre que tu es dans l’illégalité la plus flagrante, et surtout, c’est étaler devant un pavé de professionnels du métier (dont moi) ton manque total de connaissance de la loi la plus basique ! 

Je vais tenter de le réexpliquer de manière à ce que même une ado de 12 ans puisse comprendre :

Toute copie d’une oeuvre au sens le plus large (dessin, illustration, peinture, musique, roman…), dont l’auteur n’est pas mort depuis plus de 72 ans, ou à l’insu de l’auteur si il est vivant, est illégal. 

 

S’en prétendre auteur est illégal (même 72 ans après sa mort). 

 

Le vendre ou l’utiliser publiquement sans accord de l’auteur est passible du tribunal pénal pour contrefaçon au même titre que les copies de sacs de marque (Chanel, Lomboutin, etc)

 

Les peines sont (pour la Belgique) : 

– Un emprisonnement de 3 mois à 3 ans

– Une amende entre 500 et 500.000€
– Confiscation et destruction des marchandises saisies (dans le cas d’une vente).

Pour la France, la peine de prison est de 3 ans et 300.000€ d’amende. 

 

Toute réinterpretation d’une oeuvre où l’univers ou les personnages sont reconnaissables (ce qu’on nomme communément le fan art) est aussi considéré comme de la contrefaçon, et passible des mêmes peines que les copies. Sauf si ce fan art reste strictement chez vous et que vous ne le montrez pas sur internet.

 

Dans le cadre d’un tatouage, l’oeuvre tatouée ne peut être détruite car considérée du domaine privé, mais le tatoueur peut être poursuivi et amené à payer une amende (il a été payé pour reproduire une oeuvre sans accord de l’auteur ou sans lui verser de rétribution financière). Jusqu’à présent, aucun tatoueur n’a fini en prison. Pour le moment. 

Le risque est réel ! Les ayants-droits (donc les auteurs, ou ceux ayants hérités des droits d'un auteur décédé, ou les société possédant les droits sur les oeuvres) se montrent de plus en plus intransigeants sur l'utilisation publique qui est faite de leurs oeuvres par les "fans". Ils sont de plus en plus nombreux à lancer des mises en demeure via avocat, voir à engager des poursuites judiciaires (Les ayants droits de Tintin en sont un bon exemple).
L'ignorance n'est plus permise et tolérée par ces ayants-droits, d'autant que "nul n'est censé ignorer la loi".

3 Replies to “Made in China”

    1. Oui, le rapport n’est pas évident dans le contexte de la contrefaçon quand tu n’es pas artiste ^^ J’aurais du le préciser pour éviter toute mésinterprétation.
      En bref, quand on parle de “made in China” entre artiste, c’est souvent parce que nous déplorons le fait que la Chine est, hélas, le premier pays à faire de la contrefaçon en masse, et contre lequel, nous, petits artistes, ne pouvons… Rien (Je ne plaisante pas, les grosse plateformes de chasse à la contrefaçon indiquent clairement ne pas pouvoir agir dans les cas de contrefaçon en Chine). A moins de ne rien montrer sur internet, ce qui est un peu compliqué pour notre visibilité, ou de s’appeler Chanel, Dior ou Luis Vuiton, toutes les oeuvres sont succeptibles de se retrouver sous une forme ou l’autre sur le marché, à notre insu (coques de téléphone, tote bag, t-shirts, etc), et bien sur sans contre-partie financière pour nous. Et sans recours légal (contrairement à Dior, Chanel etc)
      Ce commentaire “made in China” n’a rien de péjoratif (ce n’est pas pour dire, par exemple, que ce qui est fabriqué en Chine est d’office de mauvaise qualité ou ce genre de truc), il fait état d’une situation à laquelle nous ne pouvons, au final rien. Aliexpress et Wish, les deux grandes plateformes de vente chinoises, sont aussi les deux plateformes contenant le plus d’oeuvres contrefaites (donc des oeuvres exploitées et vendues à l’insu de leurs auteurs), et souvent, hélas, de mauvaise qualité (je parle de la qualité de reproduction/impression, les créations étant souvent “piquées” sur internet, donc en basse résolution, donc de mauvaise qualité). Aliexpress et Wish ne sont pas les seules (Alibaba a aussi souvent été incriminée, ainsi qu’Amazon, mais Amazon dispose encore de recours accessibles aux petits auteurs/créateurs).
      Le rapport avec l’article, c’est :
      – La mauvaise reproduction de l’oeuvre de Tim Burton faite par un amateur (comparatif avec les mauvaises qualités d’impression des contrefaçons sur Aliexpress ou Wish)
      – La défense “c’est une reproduction, donc ce n’est plus l’original, ce n’est donc pas de la contrefaçon” qu’on a déjà entendu venant de vendeurs Aliexpress ou Wish (parce qu’ils ont coupé le dessin ou modifié les couleurs, donc selon eux ce n’est plus l’original).

      Ceci étant dit, ça ne m’empêche pas de commander parfois sur Aliexpress, car certains articles sont introuvables ailleurs (comme certains moules en silicone dont j’avais besoin). Et même si la pratique de la contrefaçon me rend malade, le fait est que vis à vis de la Chine, nous sommes, globalement, résignés.

      1. Ah oui et du coup, faut aussi savoir que trouver ton oeuvre contrefaite, tant sur les boutiques chinoise que sur une peau tatouée, beeeeen… Même combat, c’est au “coup de chance”, ou parce que qqun est tombé dessus et t’as prévenu.
        Du coup ben dans les deux cas, côté “contrefacteur”, ça passe crème ^^

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